Article de Carlos de Hita traduit de l'espagnol par:
M-Helene Verdier Trésorière de GEE
Il est rare que le point de départ de ces récits sonores soit une image. En général la photographie et le texte accompagnent le montage. Mais en cette occasion tout démarre sur l'expression à la fois de tristesse et de colère des chiens sur cette photo. Ils appartiennent à une de ces meutes qui participait dimanche dernier à une chasse en Sierra Morena et ce pour mettre un point final à la saison de chasse dans cette zone. Ce sont des podencos, et ils passent la majeure partie de leur vie enfermés dans des enclos, de grandes cages dans lesquelles les bagarres à coups de dents sont communes. Les cicatrices sur leurs têtes témoignent de la violence qui traverse leur existence de chien. Quand ils sortiront de la cage qui les a tenus enfermés ce sera pour battre à travers collines furieusement, levant et poursuivant leurs proies, sangliers et chevreuils fuyant devant eux totalement terrifiés. Et pourtant, dans l'expression de chacun de ces malheureux reste malgré tout des restes de ce fond plein de gentillesse, le regard franc et profond de n'importe quel autre chien. On ne peut pas approcher le monde de la chasse avec sentimentalisme. Mais il est difficile de ne pas sentir de la peine face au cruel destin qui a marqué l'existence de ces animaux
Quelques minutes après que la photo ait été prise commence la grande chasse. Des dizaines de fusils postés en armée, des lignes de tirs qui ne laissent aucun angle mort par lequel pourraient s'échapper les chevreuils et sangliers abasourdis, à la recherche d'échappatoires qui n'existent pas; voix, sifflets, aboiements, tir intense .... tout ceci amplifié et répété par l'écho de la vallée
Cette forme de chasse est faite pour abattre un maximum d'animaux pour un effort le plus minime possible; rien, à voir avec les longues marches de chasse et de traque poursuivant une proie fuyante. Ici, les animaux partent dès le départ avec la condition de victimes
Durant les deux ou trois heures que dure l'opération, le bruit et la tension profanent le paysage sonore. Viennent ensuite le transport des animaux tués, la répartition des trophées et la mare de sang. Et le silence qui revient pour envelopper les derniers moments des animaux qui sont restés blessés
Sur la chasse, on a déjà tout dit, pour ou contre. Mais concernant cette journée, je suis resté confronté à cette tristesse profonde pensant à ces chiens furieux, assoiffés et dans lesquels brille encore un reste de noblesse.

Sur le panneau : TRANSPORT D'ANIMAUX VIVANTS "MEUTE"